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Eglise anglicane et Catholicisme.
Oxford, 30 Juin.
Votre première
information d'Angleterre, dans le numéro du 28 juin, rapporte
que « le
Parlement s'est livré à une manifestation
anticléricale en décidant de
soumettre les couvents et monastères au contrôle
administratif ». Et
les députés irlandais «ont accusé les
libéraux d'avoir fait cette
manifestation - dans un esprit de vengeance contre l'Irlande catholique
».
Les
députés irlandais l'ont
dit; ils ont pu le croire: il ne s'ensuit pas nécessairement que
ce
soit vrai. Leur patrie a beau être une terre intéressante
et qui fait
beau de la campagne anti-catholique, universelle et probablement
franc-maçonnique, qui hante tant d'esprits.
Plus
exactement, on aurait tort
d'y croire seuls ou par-dessus tout visés les «catholiques
romains";
résignons-nous désormais à ce titre, dans ce pays,
sous peine de
perpétuels malentendus. L'Eglise d'Angleterre se prétend
plus que
jamais une authentique branche de la catholicité et, à
force de s'y
appliquer, elle en revêt de plus en plus l'image.
Volontiers, nous nous imaginons
posséder le monopole d'un certain nombre de formes et
d'institutions
religieuses. Les couvents sont de cette catégorie. Et sans
doute, nous
avions raison, voilà encore un demi-siècle. Mais nous
l'avons de moins
en moins. Laissons de côté, pour l'instant, les libres
groupements
comme le méthodisme, où se développent à un
degré étonnant les
communautés de femmes, que n'unit, il est vrai, aucun vœu
définitif et
qui conservent la faculté de se retirer quand il leur
plaît, de
reprendre leur indépendance et de fonder une famille. Ne
considérons
que l'Eglise officielle ou établie: le même
phénomène y saute aux yeux.
avec bien plus de vigueur encore et bien plus proche du type qui nous
est familier.
Des
ordres, de véritables
ordres monastiques, tels que les apôtres, y tiennent une place
sans
cesse croissante. On y entre pour la vie et l'on s'y consacre au
célibat. On y pratique le jeune et la prière. On y porte
le costume
qui, d'ordinaire, ressemble à s'y méprendre à ceux
que nous
connaissons. Il y a des Bénédictins anglais ou pour mieux
dire des
anglicans. Il y a tout près d'ici les Pères de Cowley ou
Société de
saint Jean l'Evangéliste qui ont des missions aux Indes, dans
l'Afrique
du Sud, ailleurs encore, qu'on rencontre par les rues en soutane et
en chapeau
ecclésiastique, et que tous mes amis prennent invariablement
pour des prêtres de chez nous.
Il y a
aussi des ordres de
femmes. Des sœurs arrivant de France, Il y a quelques années, se
font
conduire au «couvent". La voiture s'arrête devant un bel et
vaste
édifice ogival : « Et notre bonne mère qui nous
disait que c'était si
modeste! elle aura voulu nous faire une surprise." La surprise se
dissipa vite. Un bref entretien révéla qu'elles
s'étaient trompées
d'adresse. Le «couvent" était une maison anglicane.
Il y en a
beaucoup comme cela.
Et c'est l'un d'entre eux que se rattache apparemment le récent
débat
parlementaire. Une des sœurs, en mourant, avait légué
à l'institution
une somme, que les héritiers naturels estimèrent
exorbitante. Ils
intentèrent un procès. Et toutes
les sottes histoires, de
rigueur en
pareille circonstance, prirent aussitôt leur essor: la
supérieure était
despotique et emportée. Au moindre manquement, elle condamnait
ses subordonnées
à passer des
heures debout sur une chaise, à rester des journées sans
manger. Elle
avait, sans aucun doute, extorqué le testament: il y avait eu
contrainte, peut-être séquestration... L'audience
réduisit à néant tous
ces commérages. Et le juge exprima son indignation de tant de
calomnies
répandues à la légère et qui avaient failli
aboutir à des catastrophes:
car, dans ce faubourg de Londres, où pourtant elles faisaient du
bien,
le peuple ameuté contre les sœurs, avait entamé des
manifestations
violentes. Les bâtiments avaient dû être
protégés par la police.
Détail significatif :
l'aumônier, cité comme témoin, déclara
être l'auteur des règlements et
les avoir empruntés à ceux de saint Ignace.
L'incident
de Finsbury Park,
relaté par vous un peu plus bas sous la même rubrique,
rappelle une
autre scène où figura récemment
l'évêque de Londres. Une réunion avait
été organisée en vue de recueillir les fonds
nécessaires à la création
d'une maison d'études ecclésiastiques. L'initiative de
cette entreprise
appartenait à la communauté de la Résurrection,
que dirigeait naguère à
Wesminster le chanoine Gore, aujourd'hui évêque de
Birmingham. Son
centre, qui est à présent dans le Yorkshire, est un
ardent foyer de
ritualisme, d'où émane toute une active propagande de
brochures en
faveur des principes de la Haute Eglise.
... De ces
faits, rapprochons
une plainte adressée au Times, il y a peu de mois.
C'était dans une
autre paroisse à l'est de Londres. La confirmation approchait.
Le curé
distribua aux enfants des questionnaires imprimés pour aider
à l'examen
de conscience que prescrit la liturgie; il les invita à venir
ensuite
causer avec lui en
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particulier. Une fillette en fut
empêchée par son
père: on refusa de l'admettre à la solennité.
Récriminations.
Invectives contre ce retour mal déguisé au confessionnal
des papistes.
Appel à l'évêque de Stepney, qui approuve sans
réserves la conduite du
curé. Nouvelle lettre au Times, citant plusieurs passages du
questionnaire et laissant au public de décider s'ils
étaient
convenables à méditer pour une jeune fille de quinze ans.
Et de fait,
il y avait là, sur des matières particulièrement
délicates, un luxe de
détails précis, sans inconvénients peut-être
dans 1a promiscuité d'un
quartier populaire où les mœurs seraient mauvaises et la
connaissance
du mal inévitablement précoce, mais qui ne pourraient que
troubler
profondément une innocence vierge. .
Toutes ces
pratiques que la
masse des Anglais ont si longtemps considérées comme
l'apanage
distinctif de l'Eglise de Rome, que des déclamations
séculaires leur
ont appris à flétrir et qui demeurent pour eux l'objet
d'une défiance
ou d'une haine instinctive, inextricablement compliquée de
rancunes
politiques et de griefs patriotiques, il se poursuit donc à
l'intérieur
même de d'Angleterre un sérieux mouvement pour les y
restaurer ou les y
généraliser de l'Eglise nouveau. Que de
précautions, de prudence et de
doigté il faudrait pour éviter 4e heurter des
préjugés aussi répandus,
aussi intenses et aussi invétérés. Aussi
devons-nous assister sans
surprise à ces soubresauts aigus de la passion protestante, dans
ce
qu'elle a de plus purement négatif, de plus fanatiquement
anti-catholique mais la nuance qu'il importe de bien saisir, c'est que
ces colères ne se tournent pas, à l'heure
présente, directement contre
ceux des fidèles qui reconnaissent l'autorité du pape et
participent à
la .communion romaine. Sans doute, ce sont toujours leurs idées
et
leurs pratiques qui soulèvent ces passagères
tempêtes. Mais les
"catholiques" qui incarnent et représentent cet esprit et dont
la
personne sert de cible aux attaques, sont des membres de l'Eglise
officielle d'Angleterre.
De
là, en grande partie,
l'âpreté des luttes engagées autour de la loi
scolaire. On ne
marchanderait pas tant à l'Eglise anglicane le droit de donner
dans les
écoles publiques l'enseignement confessionnel s'il était
encore du
genre anodin ou, en quelque sorte, amorphe, qui a eu maintes fois cours
dans son histoire. Ce qu'on lui conteste, c'est le privilège
officiel
d'employer les deniers publics à la propagation d'idées
sur le
sacerdoce et les sacrements, qui sont l'abomination de la
désolation,
le triomphe de Babylone ou le règne de l'Antéchrist aux
yeux, non
seulement des dissidents, mais des anglicans que personnifie M. Kensit.
.
De
là encore les conditions
toutes nouvelles dans lesquelles se présente le problème
des rapports
entre l'Eglise et l'Etat. Jusqu'ici, il n'y avait guère que les
non-conformistes, les sectes détachées de la communion
nationale, pour
réprouver cette étroite alliance, pour envier la fortune
de leurs
rivaux, pour s'indigner de l'avantage qui leur assurait l'appui du
pouvoir. Ils n'ont point abandonné leur thème. Et leur
refrain est
toujours cette égalité religieuse qui rétablira
des chances normales de
concurrence entre les diverses confessions. Le maintien de
l'état de
choses actuel n'a plus pour avocats, d'autre part, que
l'élément moyen
de l'Eglise d'Angleterre: tous ceux qui. à défaut de
positives
affinités protestantes, éprouvent de l'antipathie
à l'égard de Rome.
Une conscience plus ou moins vague les avertit que le jour où,
dans
leur pays, l'Eglise sera affranchie de la totale emprise de l'Etat
contre la mainmise des autorités civiles sur la vie
religieuse... Mais
jamais ils n'avaient autant marqué, ni poussé si loin
leur désir
d'autonomie.
Rien n'est
plus curieux, ni
plus instructif à cet égard qu'un discours
prononcé la semaine dernière
par lord Halifax, le vaillant promoteur du rapprochement anglo-romain,
à l'assemblée générale de l'English Church
Union, dont il est
président. Après avoir affirmé bien haut les
traditions catholiques de
l'Eglise d'Angleterre, telles que les exprimèrent Keble et
Pusey, il
proteste avec la plus vive énergie contre les prétentions
d'une
commission parlementaire à réglementer la vie spirituelle
et l'usage
liturgique; il menace presque les évêques qui seraient
assez faibles
pour céder d'un rappel à leur devoir et à
l'orthodoxie sous la pression
de l'opinion laïque et ecclésiastique. N'abandonnant rien
de l'idéal
pour lequel il combat depuis des années, il montre, pour
conclure,
comme un encouragement à persister dans la droite voie, le
groupe de
plus en plus nombreux que passionnent en France les espoirs de
réunion
et qui y travaillent de toutes leurs forces. Et il y voit une raison de
plus pour l'Eglise d'Angleterre de s'engager plus avant sur les chemins
du catholicisme : l'union de la chrétienté ne se
trouve-t-elle pas au
bout?
Voilà, bien
plutôt qu'un esprit de
vengeance contre l'Irlande, ce qui est au fond dès
colères, des
représailles, des préoccupations contemporaines. Et
ceux-là mêmes, chez
nous, qui auraient le moins de sympathie pour ces tendances, ne doivent
pourtant ni les ignorer, ni les négliger.
Augustin LEGER
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LES
ADVERSAIRES DE LÉON XIII
L'Ami du Clergé, 27
juin. -
Voici, à titre
documentaire, le
jugement que porte la revue la plus répandue dans le
clergé sur le
livre de l'abbé Barbier: Le progrès du
libéralisme catholique en
France sous le pape
Léon XIII.
Encore et
toujours, donc? de la
polémique aiguë et de la brouille entre catholiques? Au
moment où
l'admirable soumission du clergé et des fidèles de France
groupe devant
le danger suprême nos forces dispersées, l'heure est-elle
bien choisie
pour rappeler, accentuer, exaspérer - des divisions aussi
fâcheuses que
passionnées, auxquelles Léon XIII et Pie X nous ont tant
suppliés de
faire trêve pour opposer une résistance massive et
efficace aux coups
furieux de l'ennemi?
Tempus
loquendi, tempus
silendi. M. Emm. Barbier estime que le silence est toujours une
trahison de la vérité. Et il parle, il parle pendant
mille cent
cinquante pages pour dire, tantôt en formules, hélas
trop claires,
tantôt par sous-entendus, des choses qui veulent être
désobligeantes
pour la mémoire de Léon XIII, - et que, pour cette seule
raison, Pie X,
malgré les intentions de l'auteur, ne trouvera point du tout
agréables
pour lui...
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C'est du paradoxe, M.
Barbier
en convient; mais, dit-il, c'est aussi de l'histoire documentaire. Et
après? Cela suffit-il pour que ce soit une bonne œuvre? Faut-il
donc
rappeler, une fois de plus, que la vérité n'est pas le
tout de la vie
humaine, et qu'au-dessus de la passion du vrai, il y a une vertu
chargée de régulariser la distribution, la suprême
directrice de toutes
les vertus, de tout bien moral pratique, la vertu de prudence! Pour
certains polémistes à la manière
géométrique, la prudence n'existe pas,
ou plutôt ils n'y voient que libéralisme ou diplomatie
compromettante.
M. Barbier ne se cache point d'appartenir à cette
école-là et paraît
peu soucieux de s'en excuser. C'est une mentalité qu'on nous
permettra
de trouver défectueuse en raison, d'abord, de l'indigence
radicale de
scrupules dont elle fait preuve dans sa manière d'administrer
à tort et
à travers ce qu'elle croit être la vérité,
et aussi à cause de l'allure
passionnée, blessante, aveuglément intransigeante ou
l'entraîne le
principe de sa méthode critique, qui est de sacrifier le plus
d'erreurs, le plus de victimes possibles sur l'autel de la
vérité...
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