Nos: _
Deuxième année, Numéro 92
VENDREDI 26 JUILLET 1907
  SOMMAIRE:
BULLETIN POLITIQUE
BULLETIN POLITIQUE



















NOTRE PROGRAMME























Paul FEYEL . . . . . . . .   La réforme de la Licence ès Lettres
ou le Sabotage de l'Esprit français
William RITTER . . . .
 La  "Pietà"  de M. Max Svabinsky
INFORMATIONS ET DOCUMENTS
    Mgr Fracassini.  Le décret du Saint-Office. - Une lettre de Mgr Mignot.
        LETTRES A L'ÉDITEUR
 Victor GIRAUD: Pacifisme et Désarmement. G. R. L'Action Publique et l'Action privée
REVUE DES PERIODIQUES - NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
    Dernières Publications.

Aux amis de « Demain »
A partir de ce jour et pour une durée de quelques mois, Demain suspend sa publication. I1 prend cette décision en toute indépendance, assuré qu'elle sera comprise. Ses amis, dont le nombre s'est sans cesse accru, forment une invincible légion d'âmes droites et désintéressées. Ils lui ont prouvé, par une fidélité dont nulle calomnie n'a pu venir à bout et par une collaboration de jour en jour plus active, leur attachement à son œuvre de loyauté chrétienne. Après les derniers événements, les intentions et les idées des catholiques les plus sincères ont été à ce point obscurcies et méconnues, qu'il lui paraît nécessaire d'attendre que le calme se soit rétabli pour pouvoir continuer son labeur en dehors de toute préoccupation étrangère. Cherchant uniquement la vérité, Demain refuse de s'abaisser à des polémiques irritantes et vaines. Ce sacrifice fait à la paix des âmes aussi bien qu'à la probité intellectuelle, c'est uniquement pour obéir à sa conscience et en pleine liberté, sans qu'il ait été demandé, encore moins imposé par personne, que Demain l'accomplit. L'œuvre souveraine du temps est plus rapide que jamais. Quand le moment tout prochain de se remettre au travail sera venu, c'est avec le concours de tous ceux qui croient que la religion du Christ n'a pas de pires ennemis que le mensonge et l'esprit de secte, que Demain reprendra sa tâche.


BULLETIN POLITIQUE
       M. Massé, a déposé, au nom de la Commission d'enseignement, son rapport sur le projet de loi tendant à l'abrogation des dernières dispositions de la loi Falloux et relatif aux conditions nouvelles exigées de "enseignement secondaire libre. Ce rapport aggrave le projet Briand. «Est indigne de la liberté, écrivait en substance le grand théoricien du régime représentatif, Stuart Mill, l'homme qui, voyant son semblable égorgé dans la rue sous ses yeux, ne lui porte point secours et passe son chemin.» La nouvelle loi viole dans la personne 
de toute une  respectable catégorie de nos concitoyens, prêtres, congréganistes, religieux, le droit imprescriptible d'enseigner, lequel découle du droit imprescriptible de penser. Violée dans la personne d'un citoyen, la liberté, tout comme lorsqu'il s'agit la justice, est violée dans la personne de tous. Le projet assimile une notable partie du clergé français aux condamnés de droit commun et aux incapables, en un mot, aux indignes et aux déchus. Il commet enfin un acte de lâcheté en supprimant l'adversaire au lieu de rivaliser avec lui de moralité et de lumière. Les lois de l'histoire nous montrent qu'en fin de compte ce sont toujours les plus vertueux de quelque façon, ne fût-ce que par l'énergie, le courage et l'audace, qui l'emportent. En refusant de livrer bataille sur de terrain de l'enseignement et de l'éducation publiques avec ses concurrents, et en accordant si peu de crédit au principe sur lequel il prétend se fonder, le régime actuel proclame ne pouvoir trouver son salut que par l'emploi des armes déloyales ou se déclare vaincu si, au préalable, son adversaire n'a pas été désarmé. Désormais, l'Etat aurait donc le monopole de la police intellectuelle et du dressage des esprits. Mais la liberté est chose incoercible. Et les tyrans, les républicains comme les autres, s'y useront, n'en doutons pas.
    Répondant à la proposition d'une feuille démagogique de faire plébisciter la démission du général Hagron, autrement dit de demander au scrutin de dimanche approbation ou désapprobation de l'acte du généralissime, le Journal des Débats a dit un mot fort juste. Parlant du Pouvoir dont on envisage exclusivement les avantages et les droits, il écrit qu'il implique avant tout « le devoir d'assumer les impopularités nécessaires ». Les impopularités nécessaires, nul n'ose, nul même ne peut plus les assumer, avec un régime fondé en fait sur l'exploitation des instincts, des raisonnements de la foule la plus grossière, et qui pis est sur la surenchère dans cette abdication de toute raison, de toute dignité. et de tout goût. C'est en cela surtout que le régime démocratique s'est monstrueusement réalisé à rebours de la logique. Son développement progressif était lié à l'éducation du suffrage universel. Mais cette éducation nul n'a voulu la faire. Les ennemis naturels de la démocratie s'y sont refusés. Les politiciens qui se sont dits ses amis, .mais qui n'ont été que ses suborneurs et les exploiteurs en même temps que les serviteurs de ses ignorances et de ses vices, ne s'y sont pas employés davantage. De telle sorte que la toute-puissance a fini par se trouver aux mains de la toute-incompétence, de la toute-incapacité qui seules ont fini par délibérer et trancher. Que le nombre des "impopulaires » croisse donc de jour en jour.
     La Conférence internationale de La Haye vient d'être saisie de la "résolution » anglaise relative à la question du désarmement. Entre ce vœu et la proposition effective que l'Angleterre a été obligée de reporter à plus tard, il y a la distance, hélas! de la coupe aux lèvres. Nul doute que la Conférence ne fasse sien, à l'unanimité, le désir platonique des délégués anglais. L'Allemagne, elle-même, qui avait refusé de laisser poser la question de la limitation des armements, du moins en sa présence, n'hésitera pas à opiner «qu'il est désirable de voir les gouvernements reprendre l'étude de cette question». Voter, n'aura donc que le sens grammatical d'exprimer un vœu.




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 La Nouvelle Licence ès-lettres   Ou  Le Sabotage de l'esprit français.                                                      page 618/1  
     Que les lecteurs de Demain se rassurent  Il ne s'agit pas de transposer à leur usage quelqu'un de ces romans d'autrefois: Célina ou l'innocence reconnue; Victor ou l'Enfant de la Forêt, dont les titres redoublés et mystérieux ont excité la curiosité de nos grands-pères. L'entreprise est plus modeste et plus sérieuse à la fois. La licence est le grade requis pour exercer le droit d'enseigner dans les collèges de l'Etat; il le sera bientôt pour les établissements libres. La licence ès-lettres habilite donc une bonne moitié des maîtres de l'enseignement secondaire.    
    Or, le décret du 8 juillet dernier (1) en change de façon très profonde l'économie et les conditions d'obtention. Que cette transformation de l'examen de licence soit l'équivalent d'un véritable sabotage de l'esprit français, c'est ce qui n'apparaît peut-être pas tout d'abord comme nécessaire; mais c'est ce qu'elle produira tout de même, du moins nous pensons le montrer.

    Quelques personnes s'étonneront qu'il ait paru utile de procéder à un remaniement aussi complet d'un examen dont la forme actuelle est récente. (Elle date du décret du 31 décembre 1894.) Etonnement injustifié. Il faut n'avoir pas constaté à quel prurit d'innovation sont en proie depuis longtemps certaines parties du corps universitaire., pour ne pas reconnaître des signes de caducité à un régime déjà vieux de trois lustres. Remarque plus piquante: la réforme présente se trouve préconisée, et ce qu'elle remplace déclaré néfaste par les mêmes autorités qui avaient le plus contribué à établir et à exalter le règlement de 1894. Leur excuse? Depuis l'application des programmes nouveaux (1902), l'enseignement secondaire fabrique des bacheliers démunis de culture hellénique. Pourrait-on, devrait-on leur fermer les portes de la Faculté et les écarter des grades supérieurs? C'est une question. "Les intransigeants répondraient oui; mais l'enseignement supérieur n'a plus les moyens de se montrer difficile sur le choix: "Multae mansiones sunt in domo patris mei", disait Voltaire, qui citait volontiers les Ecritures dans ses jours de bonne humeur accueillante. Il y avait beaucoup de compartiments dans les cycles 'de M. Leygues; il y a beaucoup de petits appartements dans la licence de M. Briand.
    Par qui seront-ils habités? Nous allons bien voir.
II
    Les épreuves qui déterminent la collation du grade de licencié dans les Facultés des Lettres correspondent aux quatre séries d'études ci-après: I Philosophie. II Histoire et Géographie. III Langues et littératures classiques. IV Langues et littératures étrangères vivantes. » Ainsi s'exprime le décret.
    Les Philosophes feront les compositions écrites suivantes: une version latine  tirée d'un ouvrage philosophique classique; une composition de philosophie (soit de philosophie générale, ou de psychologie, ou de logique et méthode des sciences, ou de morale et sociologie), une composition d'histoire de la philosophie; une composition  sur un sujet relatif à l'un des enseignements professés à l'Université, au choix du candidat. Les historiens, outre la version latine  tirée d'un ouvrage historique classique », choisiront entre cinq sujets de composition écrite (histoire ancienne, histoire du moyen âge, histoire moderne, histoire contemporaine, géographie physique).  Les littéraires se contenteront de traduire un texte grec et un texte latin avec commentaire littéraire et grammatical et de composer, en français,  "sur un texte français choisi dans les ouvrages inscrits au programme. Pour les langues vivantes, outre la version ratine et la composition française des littéraires il  suffira de confectionner un thème sans dictionnaire et de traduire Il un ou plusieurs passages tirés d'un auteur de la littérature étrangère choisie par le candidat B, cette traduction accompagnée d'un commentaire grammatical dans la langue étrangère choisis.
    Pour l'examen oral, les innovations apparaissent moins provocantes. La spécialisation, d'ailleurs fatale. s'atténue d'une épreuve d'explication française, sauf pour la licence d'histoire, où elle est remplacée par une interrogation sur un ouvrage historique ou géographique choisi par le candidat et agréé par la Faculté au début du second semestre de l'année scolaire. Le reste se passe en interrogations, comme auparavant. Que vaut tout ce système comme preuve de culture générale, d'instruction professionnelle, d'aptitude à l'enseignement?
    D'abord, une remarque à l'avantage du nouveau régime. La composition française, prévue pour deux ! des licences, cesse de présenter le caractère d'une dissertation  imprécise sur un sujet abstrait ou sur une question de littérature. Tout en maugréant, nous avions fini par nous y habituer. Désormais, elle s'appuiera sur un .texte français choisi dans les ouvrages inscrits au programme. Précision excellente, déjà imaginée depuis quelques années par les juges du Concours d'entrée à l'Ecole Normale  on compte qu'elle exigera, des candidats, d'autres qualités que la simple aptitude à la phraséologie académique ou que la mémoire surabondante de formules de manuels. Si le décret du 8 juillet se bornait à nous apporter plusieurs réformes de ce genre, il serait le bienvenu. Par malheur, ce qu'il faut y voir, et aussi bien ce que ses promoteurs nous le savons, se vantent d'y avoir déposé, c'est avant tout un ensemble 
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de tendances ou de directions, dont l'expression manque parfois de franchise, mais qui révèlent à l'examen comme des négations de la culture classique et des antagonistes de tout ce qui donne sa. valeur propre et sa force à l'esprit français.
    Par exemple, on ne saurait trop remarquer de quelle façon allègre les trois licences dites autrefois spéciales mènent le deuil de la langue grecque, Verser des larmes attardées sur la disparition du grec serait besogne inutile  c'était un très vieux malade qui, du moins, ne souffre plus. Je voudrais seulement poser deux questions : 1° Comment le licencié de philosophie connaîtrait-il la philosophie grecque? Or, il convient qu'il la connaisse. Sans compter qu'on n'escamote pas aisément tout un développement d'idées qui commence avec Thalès pour finir avec l'Ecole d'Alexandrie, il se trouve précisément que la troisième épreuve écrite est une composition d'histoire de la philosophie. Le candidat ne pénétrera-t-il donc chez les philosophes grecs qu'à travers une traduction plus ou moins fidèle? Admirable disposition pour comprendre et pour expliquer. 2° Par quel moyen l'historien connaîtra-t-il les institutions de la Grèce? Oh! sans doute, il est possible, dans une classe de lycée, d'exposer l'histoire ancienne aux élèves de la section qui ignorent la langue grecque. Mais ce n'est plus d'écoliers qu'il s'agit ici; il. s'agit d'un enseignement supérieur qui doit proposer à des jeunes hommes de vingt ans des règles sûres de travail. Ici, le recours aux sources s'impose comme la première démarche de l'investigation scientifique. Faire fi du contact direct avec les textes et les auteurs, c'est aller exactement à l'encontre de toutes les saines méthodes et nier le principe même de l'enseignement supérieur. Notez qu'on l'a proclamé très souvent. Mais alors, qui prétend-on classer aujourd'hui? Et chez les auteurs...

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Le buste et les mains soutiennent de leur mieux le précieux dépôt confié aux genoux fermes de cette petite vieille décidée. mais enfin elle aimerait autant pas... Ce sont là des aventures qu'on ne saurait prévoir ... Depuis les jours lointains du catéchisme de première communion, pouvait-on penser à une si inopinée réalisation du mystère rédempteur? Plus naïvement, une fille s'est jetée à genoux, mains aux oreilles: elle ne veut rien entendre de ce que parle ce qu'elle voit. Seule la servante, quelque Madeleine sous la défroque des Marthe de cuisine d'aujourd'hui, s'est abattue de tout son sanglot sur les genoux. Le plus jeune fils, aux longs cheveux de poète, blême et indifférent, soutient les épaules... pour enlever un peu du poids qui écrase sa mère. Visiblement il pense: quel mauvais moment à. passer! Surtout qu'il passe vite! Debout, vue de dos, un châle noir sur les reins - on peut prendre froid; n'est-ce pas? - une grande femme trop longue, beaucoup trop longue s'éploie... (Sa longueur peut être la cause de la seconde version.) A l'écart contre le jeune arbre, un autre fils se laisse oublier: c'est bien désagréable tout cela, mais enfin il n'y croit pas. Alors ne pas s'en mêler... En-avant, le chien endormi s'est relevé de dessus ses pattes pour contempler cette scène imprévue.
.Seconde version, - je dis version, pas état, beaucoup moins moderne, beaucoup moins significative, beaucoup plus ramassée, beaucoup plus rembranesque. Cela se passe dans la nuit noire à la lueur d'une lanterne. Il y a moins d'espace vide autour du groupe; le chien paraît moins petit. Les ténèbres empêchent le jeu des ambres sur le mur. La vieille mère sur son fauteuil d'osier, avec son geste de nécessité résignée soulevant le poignet du Christ, instinctivement, comme pour l'ôter de dessus ses genoux, a pris une expression bien plus délicate. Ça ne l'étonne pas autrement: ne sait-elle pas que son tour de' mourir viendra prochainement. La femme agenouillée avec froideur et horreur, l'œil hagard, ne peut plus se boucher les oreilles: elle tient la lanterne dont toute 1a clarté est projetée sur le corps et dont reluisent les quelques rameaux d'un arbuste très feuillu. La servante agenouillée avec amour, dont le chignon sort d'entre les maigres tibias perdus dans la pénombre, est tout aussi touchante; le chien plus grand, ou moins perdu, dans l'espace diminué en bas comme tout autour. Une tête de vieux juif, mieux selon la tradition de Joseph d'Arimathie, apparaît sur l'épaule gauche du Christ. Le jeune poète se sera hâté de lui céder la place! Un grand jeune homme veule, et méditatif pour la première fois de sa vie, remplace, de profil, la femme au châle noir. En arrière, une tête pâle bouche un trou. C'est une eau-forte beaucoup mieux composée, beaucoup mieux comprise selon les effets de clair obscur habituellement cherchés. Tout l'intérêt est concentré avec la lumière sur le seul cadavre. C'est nocturne, harmonieux, tranquille et grand. L'aire poussiéreuse est remplacée par du gazon plus sombre.
 Le bas de fenêtre est descendu se mieux mettre à la portée des personnages. C'est plus classique et c'est moins Svabinsky et aussi c'est moins symbolique de notre état religieux à l'aube du XXème siècle. Mais quelle admirable estampe 1 .

    Je crois que ces deux eaux-fortes praguaises eussent fait grand plaisir à J .-K. Huysmans. Lui, Français vivant en France, en eût tiré probablement un commentaire auquel nous, étrangers, ne saurions nous livrer sans manquer aux plus élémentaires convenances, car elles me font tant penser aux catholiques de France! Alors je les ai décrites de mon mieux et les livre ainsi aux réflexions de ceux qui croient que le Vendredi saint implique Pâques. Mais cette fois, cette résurrection, c'est à nous de la vouloir !
William RITTER.
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Page   Le SYLLABUS
XLI. - Les sacrements n'ont pas d'autre but que de rappeler à l'esprit des hommes la présence toujours bienfaisante. du Créateur.
XLII. - La communauté chrétienne a introduit la nécessité du baptême, en l'adoptant comme un rite obligatoire et en y attachant les obligations de la profession de foi chrétienne.
XLIII. - L'usage de conférer le baptême aux enfants fut une évolution disciplinaire, dont une des raisons était de faire deux sacrements d'un seul, le baptême d'une part et la pénitence de l'autre.
XLIV. - Rien ne prouve que le rite du sacrement de confirmation ait été employé par les apôtres; la distinction formelle des deux sacrements de baptême et de confirmation n'appartient pas à l'antiquité chrétienne;
XLV. - Il ne faut pas prendre au sens historique tout ce que Paul (1. Cor. XI, 23-2S) rapporte de l'institution de l'Eucharistie.
XLVI. - On ne constate pas dans la primitive Eglise la notion de 1a réconciliation du pécheur par l'autorité de l'Eglise; l'Eglise ne s'est habituée que très lentement à cette conception. Bien plus, après que la pénitence eût été considérée comme une institution de l'Eglise, elle ne portait pas le nom de sacrement, parce qu'on la regardait comme un sacrement honteux.
XLVIII. ~ Les paroles du Christ: Recevez le Saint-Esprit,. les Péchés seront remis à qui vous les remettrez et ils seront retenus à qui vous les retiendrez, ne se rapportent pas du tout au sacrement de pénitence, comme il a plu aux Pères de Trente de le prétendre.
XLVIII. - Jacques, dans son Epître (14 et 15), n'a l'intention de promulguer aucun sacrement du Christ, mais seulement de recommander une pieuse pratique, et si, dans cet usage, il voit peut-être un moyen de grâce il ne le prend pas avec cette rigueur que lui ont donnée les théologiens qui ont établi la théorie et le nombre des sacrements.
XLIX, - La cène chrétienne prenant peu à feu la forme d'une action liturgique, ceux qui avaient l'habitude de la présider acquirent le caractère sacerdotal.
L. -  Les anciens qui exerçaient la fonction de surveillants dans les assemblées des chrétiens furent institués par les apôtres, prêtres ou évêques pour pourvoir à l'organisation nécessaire des communautés croissantes et pas précisément pour perpétuer la mission et le pouvoir des apôtres.
LI - Le mariage n'a pu devenir que tardivement dans l'Eglise un sacrement de la nouvelle loi; il fallait, en effet, pour que le mariage fût considéré Comme un sacrement, que la théorie théologique sur la grâce et les sacrements eût été préalablement construite. .
LII. - Il n'a pas été dans la pensée du Christ de constituer l'Eglise en société pour durer sur la terre pendant une longue suite de siècles; bien au contraire, dans 1a pensée du Christ, le royaume au ciel devait arriver avec la fin imminente du monde.
LIII. - La constitution organique de l'Eglise n'est pas immuable; mais, au contraire, la société chrétienne sujette, comme la société humaine, à une perpétuelle évolution.
LIV. - Les dogmes, les sacrements, la hiérarchie, aussi bien dans leur conception qu'en réalité, ne sont que des interprétations de la pensée chrétienne et des évolutions qui ont accru, et   perfectionné par des développements externes "le petit germe caché de Evangile.
LV: - Simon Pierre, n'a même jamais soupçonné que la primauté lui eut été conférée dans l'Eglise par le Christ.
LVI. - L'Eglise romaine est devenue la tête de toutes les Eglises non par une ordonnance divine, mais par des circonstances purement politiques.
LVII. - L'Eglise se montre .l'ennemie des progrès des Sciences naturelles et théologiques.
LVIII. - La vérité n'est pas plus immuable que l'homme lui-même, avec qui, en qui et par qui elle change perpétuellement.
LIX. - Le Christ. n'a pas enseigné un corps de doctrine déterminé, 
applicable à tous les temps et à tous les hommes; mais il a plutôt
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 provoqué un mouvement religieux adapté ou pouvant s'adapter aux divers temps et lieux.
LX - La doctrine chrétienne fut au début juridique,  par évolutions successives, devint pauline, puis hellénique, puis hellénique et universelle.
LXI - On peut dire sans paradoxe qu'aucun livre de l'Ecriture, - depuis le premier de la Genèse jusqu'au dernier de l'Apocalypse, ne contient une doctrine absolument identique à celle que l'Eglise professe sur les mêmes sujets, et, par conséquent, qu'aucune partie de l'Ecriture n'a le même sens pour le critique que pour le théologien.
LXIII. - L'Eglise se montre incapable de défendre la morale évangélique, parce qu'elle se tient obstinément  attachée à des doctrines immuables incompatibles avec les progrès modernes.
LXIV. - Le progrès des sciences exige la réforme de la conception de la doctrine chrétienne au sujet de Dieu - de la création, de la révélation, de la personne du Verbe et de la Rédemption.
LXV. - Le catholicisme actuel ne peut s'adapter à la vraie science, à moins de se transformer en un christianisme non dogmatique, c'est-à-dire en un protestantisme large et libéral.
    Le jour suivant, le jeudi 4 du même mois et de la même année, un rapport fidèle de toutes choses ayant été fait à Sa Sainteté le pape Pie X, Sa Sainteté a approuvé et confirmé le décret des Eminentissimes Pères. Elle a ordonné que toutes et chacune des propositions ci-dessus relevées fussent considérées par tous comme réprouvées et proscrites.
Petrus PALOMBELLI, S. R. U. 1. Notarius.
UNE LETTRE DE MGR MIGNOT
    Le Petit Parisien a publié une correspondance de Rome qui mettait en cause Mgr Mignot, archevêque d'Albi, au sujet du récent décret du Saint-Office.
    Mgr Mignot a adressé au Petit Parisien la lettre suivante:
    Monsieur le Directeur,
    Un de vos correspondants qui signe «Romani", veut bien informer vos nombreux lecteurs dans le numéro du Petit Parisien, du 20 juillet, que la sixième proposition du Syllabus vise un discours que l'archevêque d'Albi aurait prononcé à Toulouse, il y a quelques années, à la rentrée de l'Institut catholique.
    Je serais heureux de connaître Romani; je lui montrerais sans peine que, s'il a lu le discours, ce dont je doute, il l'a imparfaitement compris. Je lui dirais aussi que le premier devoir d'un écrivain est de citer exactement les textes auxquels il fait allusion.
    Il verrait alors que je n'ai dit nulle part que le rôle de l'Ecclesia docens se borne à sanctionner les opinions de l'Ecclesia discens.
    Il faudrait pourtant, dans des questions si graves, ne pas commettre d'inexactitudes qui ressemblent à des étourderies.
    Je compte sur votre loyauté pour insérer cette rectification dans un de vos prochains numéros, et Je vous prie d'agréer mes sentiments distingués.
E. I., archevêque d'Albi.

A PROPOS DE L'INDEX
La semaine religieuse de Paris,  de son correspondant romain, au sujet de  l'Index:
    "Le mouvement venait d'Allemagne. En France,  avec plus de franchise et de loyauté,  les modernistes, procédaient d'autre façon. Il faudrait presque féliciter , devant, cette attitude des modernistes allemands, les écrivains qui, dans la revue lyonnaise Demain, ont mené depuis un an une audacieuse campagne contre l'autorité de l'Index, sans craindre même de réunir leurs articles dans une brochure de propagande afin de les diffuser plus largement. Cette attitude, au moins, est loyale et ne saurait être assimilée à celle des modernistes d'Allemagne. Cependant, elle est tout aussi dangereuse. Il n'y a pas un seul catholique qui ne le sente, au moins d'instinct.
    Nous remercions le correspondant romain de la Semaine Religieuse de Paris. Mais nous répétons que l'attitude des auteurs de la pétition allemande infiniment correcte et loyale, puisque cette pétition, revêtue de ses signatures, devait être imprimée, soumise au Pape et envoyée ensuite à tous les évêques d'Allemagne.
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